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3. Le Commerce équitable, qu'est-ce que c'est ?
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Le contexte
Le creusement des inégalités entre pays du Nord et du Sud tend à augmenter. Une part non négligeable de cette pauvreté s’enracine dans les fondements mêmes du commerce international.
Initié en grande partie dans un contexte colonial, le commerce international avec les pays du Sud a connu une croissance lente jusque dans les années 1970 puis beaucoup plus rapide en raison des cycles de libéralisation dans le cadre du GATT puis de l’OMC. Les règles avantagent les pays les plus puissants, ceux dont l’économie est la plus diversifiée et la plus productive et qui dominent de ce fait les échanges internationaux. Cette libéralisation a ouvert les économies les plus fragiles à l’instabilité des marchés internationaux, notamment ceux des produits agricoles, dominés par quelques entreprises multinationales d’une demi-douzaine de pays. Les grosses entreprises ou plantations sont largement privilégiées au détriment des petits producteurs sur lesquels les intermédiaires imposent leurs conditions (prix, conditions d’achat, voire même produits). Les conditions de travail sont bien souvent inhumaines et les conséquences environnementales et sociales catastrophiques. Pour réintégrer l’homme au centre de l’économie, et lutter ainsi contre la pauvreté, le commerce équitable propose un autre mode de régulation des échanges internationaux.
Qu'est-ce que le commerce équitable ?
Le concept de commerce équitable est apparu au milieu des années 1950 sur l'initiative d'organisations non gouvernementales, en Angleterre et aux Pays-Bas. Il s’agit d’une forme de commerce alternatif où consommateurs du Nord et producteurs du Sud oeuvrent ensemble pour un développement durable. Le commerce équitable garantit une juste rémunération du travail des producteurs afin de permettre de mieux répondre à la couverture de leurs besoins fondamentaux (santé, éducation, logement) et d'investir dans le développement de leurs communautés. Il concerne essentiellement les produits alimentaires (café, thé, cacao, bananes…), artisanaux (nappes, vêtements, poteries…) et bientôt les produits industriels (ex : ballon de football).
Définition
Une majorité d’acteurs du commerce équitable se reconnaissent dans la définition élaborée par le réseau FINE qui regroupe les principales organisations internationales de commerce équitable (FLO, IFAT, NEWS et EFTA) :
« Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce international. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés tout particulièrement au Sud de la planète. Les organisations de commerce équitable s’engagent activement, avec le soutien des consommateurs, à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener des campagnes en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel. »
Le commerce équitable poursuit deux objectifs principaux principaux :
- améliorer les conditions de vie des petits producteurs du Sud, marginalisés par leur manque de moyens et d’expériences en créant des débouchés pour commercialiser leurs produits auprès des consommateurs du Nord et permettre à ces producteurs de prendre en charge eux-mêmes leur développement,
- développer un réseau de consommateurs responsables en sensibilisant l’opinion publique aux déséquilibres des échanges internationaux et en entreprenant des actions auprès des décideurs économiques et politiques, dans l’objectif de faire évoluer les pratiques du commerce international.
Il permet également aux consommateurs de ‘’peser’’ sur des pratiques commerciales en devenant ‘’consom’acteurs’’. Leurs achats éthiques les assurent de produits réalisés dans le respect de l’homme et de l’environnement.
Quelques chiffres
- 32 % des 1 024 personnes interrogées par l’IPSOS, ont répondu « oui » à la question « Avez-vous déjà entendu parler du commerce équitable » ? En 2001, la même enquête faisait apparaître 24 % de réponses affirmatives et seulement 9 %, en 2000 (Enquête réalisée pour la Plate-forme du Commerce Equitable en octobre 2002).
- 826 millions : nombre de personnes dans le monde qui souffrent de la faim. Les ¾ sont des paysans. Sur les 1,3 milliards de paysans de la planète, 30 millions cultivent avec une machine, 300 millions avec un animal et un milliard à la main.
- 800.000 : nombre de familles de producteurs partenaires d'organisations de commerce équitable (OCE), soit plus de 5 millions d'individus directement concernés, dans 45 pays du Sud (essentiellement Afrique subsaharienne, Mexique, Amérique centrale, Pérou, Brésil).
- 400 millions de dollars : chiffre d’affaires annuel du commerce équitable au niveau mondial soit 0,008% du commerce mondial (5 000 milliards de dollars).
- 373 millions d’euros : chiffre d’affaires du commerce équitable en Europe en 2003 (France 32 millions), soit environ 0,1% du commerce européen avec le Tiers Monde.
- 2.500 : nombre de produits (café, cacao, banane, thé, miel, sucre et jus de fruits) constituant la gamme des produits du commerce équitable dans plus de 3 000 magasins dans le Monde, dont 2 500 en Europe et plus de 140 en France. Les cafés de la démarche Max Havelaar sont présents dans plus de 3.000 points de vente parmi lesquels ceux des grands distributeurs tels qu’Auchan, Attac, Monoprix, Prisunic, Carrefour, Casino, Cora, Continent, Leclerc.
- 40.000 tonnes : tonnage des importations mondiales de produits alimentaires du commerce équitable. Plus de 22.000 tonnes sont destinées à l’Europe et 85% de ces tonnages sont représentés par le café et les bananes. Les produits alimentaires représentent en moyenne 60% du chiffre d'affaires au détail du commerce équitable, dont les ventes de café assurent la moitié en terme de valeur.
Les acteurs du commerce équitable
- Les producteurs : Groupement de producteurs, de familles, coopératives, communautés, etc… Les bénéficiaires du commerce équitable sont en priorité des producteurs exclus, marginalisés du système économique international.
- Les consommateurs : par leur consommation responsable, ils oeuvrent pour le développement du commerce équitable.
- Les importateurs et les centrales d’achat : les importateurs sont respectivement des entreprises travaillant selon les principes du commerce équitable sur l’ensemble de leur production ou quelques produits identifiés par l’apposition d’un logo. Les importateurs se regroupent en centrale d’achat pour bénéficier d’économie d’échelle (exemple la centrale d’achat Solidar’Monde pour le réseau des magasins Artisans du Monde en France).
- Les magasins spécialisés et la vente par correspondance : il s’agit principalement des 3 000 Magasins du monde (essentiellement en Europe, dont environ 140 en France), qui ont pour mission de vendre des produits équitables et informer les consommateurs sur le commerce équitable et plus largement sur les conditions de travail dans le monde. La plupart s’approvisionnent auprès des centrales d’importation équitables. On trouve aussi de plus en plus de magasins indépendants vendant totalement ou partiellement des produits équitable
- La grande et moyenne surface : Dans la grande distribution, Monoprix a joué le rôle de pionnier dans la promotion du commerce équitable, rejoint dans sa démarche par, Auchan, Carrefour et Leclerc. Les GMS ne vendent encore qu’une gamme restreinte de produits équitables, reconnaissables par un logo de garantie. La vente de ces produits représentent plus de 90% du chiffre d’affaire du commerce équitable en France aujourd’hui.
- Les associations de promotion et de sensibilisation, : elles interviennent auprès du grand public par des actions d’éducation au développement (conférences, interventions scolaires…), et auprès des entreprises et des pouvoirs publics par des actions de lobbying.
- Les fédérations internationales du commerce équitable : Au nombre de quatre, elles sont responsables de l’application des engagements du commerce équitable vis-à-vis des producteurs du sud et de la diffusion du commerce équitable, ainsi que du respect de l’identité du commerce équitable.
· IFAT (International Federation for Alternative Trade) au niveau mondial ;
· EFTA (European Fair Trade Association) au niveau européen ;
· NEWS (Network of European World Shops), réseau des Magasins du Monde (magasins vendant des produits du commerce équitable) regroupant les fédérations des Magasins du monde dans quinze Etats européens (dont tous les Etats membres de l'Union, à l'exception du Luxembourg, du Portugal et de la Grèce mais la Suisse en est membre) ;
· FLO (Fair Trade Labelling Organisations International), chargé de coordonner les initiatives en matière de reconnaissance des caractéristiques du commerce équitable, d'élaborer des critères internationaux de commerce équitable pour chaque produit et de coordonner la surveillance requise pour faire en sorte que ces critères soient respectés par les commerçants et par les producteurs. Un des buts de FLO à l’origine était de faire un « label » international en fusionnant les initiatives Max havelaar, Fair trade, Tranfert.
Les démarches de reconnaissance du commerce équitable
Les démarches définissent des critères visant à garantir une production dans des conditions sociales, environnementales et commerciales satisfaisantes ainsi que des critères visant à assurer une garantie de sécurité pour les petits producteurs du Sud (prix minimum garanti, engagement sur le long terme).
Depuis 1997, FLO International a défini des critères communs pour les produits dans un souci de clarté et de cohérence entre les différentes initiatives de reconnaissance, puis dans un deuxième temps afin de réaliser des économies d'échelle : réduction des coûts de la structure, réalisation d'actions conjointes de lobbying auprès de la Communauté européenne.
Aujourd'hui, l’attestation des différentes démarches « commerce équitable » est rassemblée au sein de FLO international qui gère toute l’activité. Les associations nationales ont quant à elles pour but de promouvoir le logo au niveau national par des actions de lobbying et de communication. Elles sont rassemblées autour d’ un seul logo commun délivré par FLO:
- Max Havelaar : pour les Pays-Bas, la Belgique, la France, le Danemark et la Suisse,
- Fair Trade Mark : pour l'Irlande et le Royaume-Uni,
- Transfair : pour l'Autriche, l'Allemagne, l'Italie et le Luxembourg,
- Rättvisemark : pour la Suède.
Ces démarches favorisent l'accès des produits du commerce équitable à la grande distribution et par là même facilitent la consommation des produits issus du commerce équitable. Ces démarches permettent à de grandes entreprises conventionnelles d’orienter leur production vers le commerce équitable en convertissant produits par produits. Ces quatre organismes n'achètent ni ne vendent de produits. Ils déterminent les critères d'obtention du logo et les proposent sous forme de cahier des charges aux acteurs concernés.
Conclusion
Si la notoriété du commerce équitable ne cesse de grandir, la connaissance de la démarche reste faible : en octobre 2000, 9% seulement des français en avaient entendu parler (sondage IPSOS, octobre 2000). En 2003, ils étaient 45% (sondage Credoc, septembre 2003). D’un milieu militant et principalement associatif, le commerce équitable est parvenu à une alternative crédible. Même si la France présente un retard par rapport à certains de ses voisins (Suisse et pays Anglo-saxons) le commerce équitable fait parti des préoccupations des citoyens du Nord (39 % des consommateurs considèrent que le commerce équitable est un moyen d’équilibrer les relations commerciales entre le Nord et le Sud. (Sondage PFCE-Ipsos- octobre 2002).
Le commerce équitable est à la fois un moyen de lutter contre la pauvreté, un facteur efficace de développement, et pour des consommateurs sensibles aux effets de la mondialisation, une manière de signifier leur préférence pour des relations commerciales internationales différentes. Enfin, l’utilisation respectueuse des matières premières, le respect des éco-systèmes, des modes et des conditions de production, font que le commerce équitable est un commerce respectueux de l’homme et de son environnement.
Le commerce équitable participe également à l’éducation au développement durable, à la sauvegarde voire dans une certaine mesure à la création d’emplois. Pour ce qui concerne l’emploi, on notera que 70 % des employés et des jeunes diplômés souhaitent intégrer dans leur recherche d’emploi des critères éthiques, sociaux, environnementaux (Baromètre Novethic –Ipsos ’’les tendances de la responsabilités sociales des entreprises’’. Novembre 2001). |
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